jeudi 7 avril 2011

L'homme des sables

Your shoulder
The mooring for me
Like water lost in the sea
 Feist




Après réflection, je pense que je vais mettre fin à ce blog. Se méfiez de l'eau qui dort? Peut-être avez vous déjà compris, chers lecteurs, ce que cela voulait dire. Rien n'est calme sous l'apparente immobilité des choses. Tout bouge et change, pour le meilleur et pour le pire.
Peut-être que ce blog a commencé pour de mauvaises raisons. Je quitte le Japon pour le Vietnam, les récents évènements m'empêchant de rentrer et de poursuivre mon année là-bas. Je ne m'étendrais pas là-dessus.
Je vous remercie tous de m'avoir lu et de m'avoir encouragé dans mes démarches. L'écriture ne s'arrête pas pour moi en tout cas. Peut-être que je recommencerai un autre blog, quand j'en aurai le temps.
On verra. Inch' Allah

En attendant, un poème de sable et d'eau, comme ce qui a composé ce blog, du début à la fin.




 



mardi 5 avril 2011

Extrait choisi- Work in progress


EPILOGUE
Personnages
A
B

Scène bleue nuit. Une chaise avec des accoudoirs posé de coté. Assis sur elle, A, avec un cahier. B est assis en face sur le sol, s'adossant sur la chaise, les jambes lasses. Ils sont habillés en costumes blancs légers, type colonial. B semble assoupi. Même scène qu'au départ.


A: Tu m'écoutes?

B (semblant un peu surpris): Désolé, je me reposais les yeux.

A: Il est si tard. Tu veux aller te coucher?

B: Non, non. Il fait si bon dehors. Aujourd'hui, c'était l'enfer. Profitons-en. Lis moi encore quelque chose.

A: (amusé) Aha, mais si je continue je risque vraiment de te perdre.

B: Me perdre? Mais voyons, tu sais bien que ça n'arrivera pas.

A: C'est drôle, mais j'ai eu cette impression de te perdre aujourd'hui même.

B: Ah bon? Et quand?

A: Quand nous étions près du Lac, pour notre promenade. Un moment, je t'ai vu te pencher au bord du Lac, tu n'écoutais plus ce que je disais. Un peu comme si tu allais te jeter dedans.

B: Ne t'inquiète pas, va. Tu ne m'as pas perdu.

A: Il m'a semblé, le temps d'un instant. Avec toi, on ne sait jamais.

B: Peut-être.

A: Parfois, on perd l'autre sans se rendre compte...attends, j'ai quelque chose pour la situation.

B (d'une voix calme et détendue): Je t'écoute.

A: ( lecture de ce qui est dans le cahier)

 "L'aube se lève, et il n'y a pourtant plus aucune autre envie en moi que celle de ne plus vivre comme je vis maintenant. Dans les rues de la ville, les marchants s'activent doucement pour ouvrir leurs commerces. Les femmes se lèvent pour aller chercher les marchandises. Les enfants se préparent pour aller en classe. Et moi je marche. Je marche au milieu de la terre qui se lève, et je ne ressens rien.
Il y a sur les pavés de la rue, le reflet sans fin de ton image et l'image nette de la déesse. Il y a alors l'Amour. Cet amour qui m'emprisonne même jusque dans les pavés de la route, qui soudain, sont nettoyés par la pluie. La pluie me murmure à l'oreille comme la déesse. La déesse qui n'a d'existence que parce que tu es là.
Au fond de moi, il y a des bruits, de la fureur et l'absence profonde de continuer à vivre. Mais il y a aussi l'Amour, qui sous la pluie, reprend les reflets bleus de nos mirages. Mais ce sera un amour différent. Ce n'est pas une obsession. Ce n'est pas une passion. C'est ce qui donnera envie d'être libre. Le soleil, qui monte de plus en plus haut, bien que pâle, bien que glacé, émet une lumière infinie. L'Amour, rien d'autre que tes baisers. L'amour, sans cesse à réinventer."





dimanche 3 avril 2011

Bonjour Vietnam


Bonjour Vietnam.

Au réveil, avec un parfum de Chine, à Nanjing ou à Pékin.

Entreprise toujours égocentrée d'essayer d'attraper le stream of consciousness. N'ayez pas peur de l'excès de « Je », car c'est une expérience plus qu'autre chose.

« Je » est allé au Vietnam pendant un mois et demi, et a vécu au 11 rue Ngo Huyen à Hanoi.

« Je » a écrit un journal pendant ce temps là, en a choisi des extraits et les a mis ici, agencé et retouché un peu parfois.
« C'est un peu comme si j'avais toujours été une goutte de pluie, attirée par la grande surface lisse de l'eau, pour réveiller l'eau qui dort, et en faire un océan déchainé. »

Le voyage. On est toujours sur le départ, et en même temps sur l'arrivée. On a ce sentiment étrange, où on sent vraiment l'instabilité de notre identité, tout en étant entre une grisante situation d'être et un inquiétant sentiment de n'être plus rien du tout.

Voyager seul. Il y a des défauts et des qualités. Le défaut est que l'on est seul, et que la solitude prend un drôle de goût. On ne s'offre pas un bon restaurant quand on est seul. Le bon côté, c'est qu'on est aussi seul. Quand on est seul, on va vers les gens, on rencontre de nouvelles personnes, qui resteront avec nous un moment court ou long. On a cette chance de pouvoir se réinventer l'espace d'un instant, de ne pas être figé dans le regard de ceux qui nous connaissent déjà, et qui nous jugent nécessairement. Et puis on peut écrire un journal...

« Dire que je vais rester toute la journée assise »
Camille, Assise






04/02/2011, Narita, Japon


“Dans l'aéroport, sur le départ. J'avais envie de manger un dernier repas japonais avant de “prendre la route”. C'est marrant comme on peut se faire des films, et donner une signification à ce que l'on fait. « Voyager pour s'appauvrir » disait Michaux. Mais parfois, je me dis qu'il faudrait arrêter avec le cynisme. Finalement, peu de gens font ce que je fais, et c'est pour cela qu'il ne faut pas que je transforme ce que je vais faire en un poncif, ne l'ayant pourtant jamais vécu.

(…)




Pourquoi le Vietnam? Un de mes amis d'enfance est d'origine vietnamienne. Je crois que ça a contribué à mon attirance initiale. Et puis, c'est comme toute l'Asie du Sud-Est: entre l'Inde et la Chine. Et puis, il y a Marguerite Duras, et l'ambiance de ses romans qui sent bon la Cochinchine. Et puis, il y a ce cours d'Histoire du Vietnam, avec pour appui la littérature, qui était passionnant. Besoin aussi de partir, de changer d'air.

(...)

Je serai seul au Vietnam. Cela peut paraître triste, et je le serai peut-être, mais finalement, c'est aussi être plus libre. (…) Non pas une solitude radicale, mais j'aimerais bien être bien avec moi-même et ne pas courir après les autres. Je vais donc me promener, et on verra bien.

(...)

Dans moins d'une heure, je vais me diriger vers un pays communiste sans billet de retour. La chose présentée de la sorte, il y a de quoi se demander si je ne suis pas entrain de jouer les Hô Chi Minh qui va passer ses vacances au Komintern! Bon, si jamais ils se dressent contre moi, j'aspirerai le dragon qui dort au fond de mon ventre, et je ferai face.

C'est étrange comme tout ce qui nous ronge peut surgir à la seconde où quelque chose ne se passe pas comme prévu. Peut-être que mon problème, c'est ça: l'imprévu. J'ai essayé par tous les moyens de comprendre d'où me venait cette faiblesse pour l'improvisation. Il y a toujours ce quelque chose noir, ce pas en arrière, cette incertitude de ne pas faire bien.

(05/02/2011)

A Hanoi, Little Kitchen
(06/02/2011)

Me voici au Vietnam. Mon courage n'a pu m'amener que dans un restaurant pour touriste, et me voici à manger un Cheese Burger. Ce qui est cool, c'est que quand on voyage seul, il n'y a personne pour juger de ce que l'on fait ou dit. (…) Il règne ici une paix que je n'ai connu ici ni à Tokyo, ni à Delhi.

(...)

Les premières impressions sont bonnes. La ville, en tout cas le Vieux quartier est plutôt sympa. Les gens sont beaux. Les femmes sont petites et brunes, belles, parfois immensément belles. Les hommes sont de vrais hommes, très beaux aussi.

(...)

La solitude. Je crois que c'est un thème qui va revenir souvent. Non pas que je la ressente particulièrement. Elle fait peur avant qu'on la vive. Elle fonctionne devant les autres, comme la honte. La solitude est solitude de soi devant autrui. (…) Pour ne pas transformer ce voyage en traversée du vide, qui n'aura à la fin, que le goût bien étrange du sable du désert.

En me promenant dans les rues de Hanoi pour retrouver l'alliance française, je me suis surpris à penser que l'entreprise de s'écrire à soi-même était aussi un art. Quand on se parle à soi, on se parle sans masque, on est en face de ses propres contradictions et incertitudes. On ne se fait pas un cirque quand on s'écrit, quand on se parle. Or, quand on écrit en vue d'être lu, alors notre écriture se transforme. Elle se pare de milles et un reflets d'opales scintillantes.
C'est un peu pareil dans les relations humaines. Quand on est face à soi, on se dit tout et son contraire. On est tout et rien. Mais on devient quelqu'un quand on parle à l'autre. On se pare et se déguise. Mais c'est quand on commence à connaître l'autre par cœur, qu'on découvre que, comme nous, il n'est rien d'autre que du vide, sans cesse cherchant à se définir.


(…)


Les rues de Hanoï sont toujours tranquilles. J'ai réalisé aujourd'hui la frustration que j'éprouve à ne pas comprendre la langue qui m'entoure. Les Vietnamiens parlent l'Anglais et le Français avec le même accent qu'on utilise pour parodier les Chinois dans les films. Parfois, je ne peux m'empêcher de rire quand je les entends, mais je m'arrête généralement assez vite. Difficile de se moquer, même gentiment, de gens qui parlent un langue pourvue de 6 tons différents. Xin loi, Viet nam!

(…)

Tous habillés de la même manière, avec le même sac, dans des hotels « backpack ». J'essaie d'éviter le tourisme à la Lonely planet. Étant donné qu'il s'agit du seul livre que j'ai acheté, le résultat est un peu difficile à atteindre. Alors on arrive dans un endroit indiqué, accompagné de trois autres péquenots qui ont lu la même page, l'air un peu bête en se grattant la tête, parce que comme vous, ils ne comprennent rien au système des rues de Hanoi. Mais bon, ne nous moquons pas du tourisme. Il est quelque part une forme démocratique du loisir, même s'il semble parfois être devenu une industrie.

Aujourd'hui:
-Mausolée d'Hô Chi Minh
-Musée de Hô Chi Minh
-Musée de l'ethnologie

(…)

Hari vit dans le Lac, dans un monde à l'envers. Un monde où tout est plus tranquille, où les êtres humains ne s'enchainent plus. C'est un peu le personnage central, le point de convergence. C'est une déesse qui pousse avec la pluie. Je pense qu'on peut la faire pousser au départ, un peu comme une plante, avec l'arrivée de la pluie. Je pensais aussi à une scène de danse avec John. Une musique douce et triste, où les partenaires de danse s'échangent.(...)

Plus j'écris dans ce journal, plus je me rends compte à quel point je me pose des questions et que je me prends la tête. Peut-être que le but de ce journal, c'est d'arriver à réduire le nombre de question pour arriver à l'affirmation d'un « discours plus ferme et conceptuel », à poser moins de questions et à donner plus de réponses. »


Mardi 08 Février 2011

Les petites femmes de la Maison du droit.

Au Viet nâm, les gens ont des noms simples et des noms de famille compliqués. Ainsi, au Vietnam, on préfère dire Madame/Monsieur+ Prénom.

La Maison du droit vietnamo-française est presque essentiellement occupée par des femmes. Ainsi, petite Ha, la secrétaire apporte les dossiers à Madame Ha, qui va de mander à Mademoiselle Tam, l'interprête, d'en effectuer une traduction. Quand Mademoiselle Tam fait une pause, la jolie Tan passe dans son bureau pour rigoler et boire le thé. Arrive alors Mademoiselle Thoa, qui a l'air si jeune, et qui est « si timide », qu'elle ne peut me parler quand je lui parle en français. Mais bon, il faut travailler, parce qu'à côté, c'est le bureau de Madame Hao, la directrice. Là où je travaille, c'est à dire dans le bibliothèque, en face de mes chers camarades français perdus au Vietnam comme moi, il y a Mademoiselle Thu qui travaille. Mademoiselle Thu ne parle pas beaucoup. Mais Mademoiselle Thu à un cœur d'or. Comme Madame Anh d'ailleurs, la bibliothécaire.
Les Vietnamiennes en général, en plus d'être particulièrement jolies, sont d'une gentillesse remarquable.
Le sourire des Vietnamiennes. On pourrait en parler des heures. Alors pourquoi je n'en parle pas? C'est peut être parce que je le garde dans ma tête, comme un secret, comme un trésor.



Mercredi 09 Février 2011

« Le matin: moto taxi. Il est trop difficile de se lever à l'heure.(...) Une bonne journée avec des rencontre à la fin ».
Parfois, j'ai l'impression d'être Dorothy dans le Magicien d'Oz, mais dans le pays de l'Oncle Hô. Se promener parmi les rues bruyantes et vivantes d' Hanoi, au détour des petits restaurants et des magasins improbables, à rencontrer des regards, des visages.



Vendredi 11 Février 2011

« Les longues guirlandes électriques bleues remuaient faiblement, poussées par la brise qui soufflait. Je suis à la table d'un café, en face de la Cathédrale St Joseph, à Hanoï. »

Samedi 12 Février 2011

« C'est étrange ce sentiment de Damoclès. J'ai toujours peur que quelque chose me retombe dessus, comme le sentiment de solitude. Ne pas se foutre la pression. Tel est le but. (…) Je me sens plutôt bien dans ce pays. (…) Hier, j'ai vu la troupe de Than Hang, ou les marionnettes de l'eau. Art populaire au début, je trouvais ça bric-et-broc, mais en vérité, il faut replacer les choses en contexte. Alors j'ai compris pourquoi les chanteuses avaient l'air détendues... Et puis ce dragon fluorescent. Je me demande si le Parti Communiste a utilisé cet art pour faire sa propagande dans les villages. (...)




Mercredi 16 Février 2011

« Nous avons tous nos petites psychoses personnelles qui sont finalement d'un banal ennui. Les choses sont obsédantes ou ne le sont pas: le silence fait bien taire les êtres. Et on se sent mieux à force d'y croire.
Hanoi est une ville qui me plait. La vie y est douce et mystérieuse, les gens gentils et patients, la triplette « colonialisme, vietnamien, communisme » se réunissant dans une création intéressante et bigarrée.
J'entends le clocher de la cathédrale. Magnifique élément européen au milieu des rues typiquement vietnamiennes. Je sais ce que je veux faire de ma vie. Ou pas. De la politique. Je veux lier l'Art à la politique, fédérer des hommes, réaliser des projets, voyager pour découvrir comment faire à l'étranger pour allier les deux. Mais pas seulement. Plus tard, je veux être heureux. Pour de vrai. Mamamia, je vais finir au Pôle Emploi.

Samedi 18 Février, village de Dong Ky

Ça passe trop vite.
Aujourd'hui, une belle découverte du Vietnam du dehors, ou encore, du dehors de Hanoï. J'ai découvert ce que je préférai des voyages: faire de la route. Sur la route, nous sommes en partance pour un entre-deux plaisant, et nos yeux défilent très vite sur des paysages qui sont toujours différents. Je veux passer ma vie en chemin, j'aimerais faire de grandes routes sans fausses réponses. Les vraies réponses sont celles qui ouvrent encore plus de portes, probablement. Dehors, la campagne vietnamienne, et pas grand chose à part des rizières, à perte de vue. »


 Mercredi 22 Février 2011

« Dans le bus, je suis assis à la fenêtre. Le bus doit dater du temps du COMECON, car il semble tellement vieux, qu'il semble être directement importé de l'URSS. Les vitres fermées sont tellement sales qu'elles n'offrent de la ville qu'une vision grise et terne. Hanoi c'est aussi ça, à l'heure de pointe, quand le soleil se couche, et que toutes les motos rentrent chez elles, dans une tornade de pots d'échappement. Je ne peux penser à autre chose. Mais la douceur de la température, et la faible lueur du soleil parviennent encore à transpercer les nuages lourds de pluie et de pollution.

Je me sens plutôt étrange, assis dans ce bus, brinquebalant au milieu des milliers de motos et de voitures, du ciel qui s'assombrit comme s'il nous conduisait un peu plus vers les ténèbres bruyantes. Je n'ai pas froid. Je n'ai pas faim. Des jeunes filles sont assises à côté de moi, et me regardent avec des yeux étonnés. Il commence à pleuvoir.

Depuis ma chambre d'hôtel, près de la cathédrale, je regarde d'en haut les lumières de la ville. On peut y voir les petits restaurant qui servent les clients assis sur des tabourets en plastique bleu, posés sur les trottoirs. Les routes sont devenues des trottoirs mais aussi la rivière qui laisse s'écouler un flot continuel de véhicules en tout genre. La ville a plusieurs visages et respire sereinement. Il y a de la buée sur la fenêtre. Elle est créée par ma respiration.

Après une douche bien chaude, je me lève et me sèche. Au miroir, mes cheveux sont mouillés. C'est moi, juste en face, et pourtant je ne le reconnais pas. C'est bien les traits auxquels je m'étais habitué. Mais je ne le reconnais pas. Je m'approche du miroir, pose mes mains sur sa surface, comme pour m'assurer que ce n'était pas une porte vers un autre monde. Je ferme les yeux. L'atmosphère de la salle de bain est encore lourde d'humidité. On entend qu'un silence pesant. Mon esprit est vide, sans aucun sentiment, sans presque aucune envie. A mes pieds, l'eau s'écoule doucement vers le syphon. Pendant un moment, j'ai envie de la rejoindre cette eau.
Et puis, pour oublier cette idée qui me propulserait dans l'inconnu des canalisations, je vais faire un tour autour du lac Hoan Kiem, le lac où dort une tortue depuis des siècles.





Vendredi 25 Février

« Quoi qu'on dise. Comment faire? Pour arrêter de penser?

« Les pensées s'enchainent et s'enroulent dans ma tête, sans pour autant me sortir de la misère dans laquelle je me trouve »
Yu Dafu

Je pense beaucoup trop, le problème c'est que ça me semble normal.

Hier j'ai vu une adaptation de La Douleur de Marguerite Duras, jouée par Dominique Blanc. (…) La comédienne a parfaitement bien mené cette dernière partie. Presque obsédante, basées sur les répétitions sur l'occurrence choquante du mot « merde », sur la métaphore du ventre et des plantes, sur ce corps qui se reconstitue petit à petit et ce magnifique « J'ai faim » qui conclue la pièce, sans qu'on s'en aperçoive.

Samedi 26 Février 2011
à Hue

Je suis couché sur mon lit
Et j'y entends le bruit des vagues
Et le bruit de l'eau troublante
Qui se heurte contre ses pieds

Ton corps, comme une vague
Qui enroulé dans les draps noirs
Et les cortèges de fleurs pâles
Respire bien tranquillement

Corps et promenade, dans les rues de la ville
Se détachent des coquilles de son
Des ellipses, callypiges
L'Arbre
Et l'atmosphère rose orangée
Un sourire d'orange
Un œil bleu et un œil vert.

Aujourd'hui, j'ai visité la Citadelle de Hue. Il y avait le drapeau du parti Communiste, qui flottait, gigantesque. Ils se sont infiltrés partout où l'histoire respirait, comme pour lui donner une couleur rouge.




 
Dimanche 27 Février 2011

« Je crois qu'aujourd'hui que j'ai compris qu'on ne peut voyager seul pendant deux mois que sous certaines conditions. D'abord, il faut aimer quelqu'un, et avoir envie de rentrer. Paradoxalement, je pense que ça rend le voyage du coup plus...disons qu'il a un sens, qui n'est non pas une fuite vers un meilleur mais découvrir qu'il y a d'autres endroits merveilleux de part le monde. Non pas que le bonheur est quelque chose qui se vit nécessairement à deux, c'est simplement qu'il doit être partagé.

Parfois, je pense à H. mais je ne me souviens même plus de son visage. Je me souviens simplement qu'elle était un peu différente que celles que j'avais rencontrer depuis lors.

Et puis j'ai voyagé de tombes en tombes. Tombes de Tu Duc, Gia Long, Ming Mang. J'aimerais bien aussi qu'on m'enterre dans de tels sanctuaires, en plein milieux de la forêt. Et que de jeunes gens viennent pécher des poissons, dans mes étangs.







Mardi 1er Mars 2011

Les petites dames du lac Hoan Kiem

Mon train est arrivé à Hanoï à 5 heures du matin. Mon hôtel était fermé. En fait, tout était fermé. De quoi pester contre le monde entier, quand on a dormi 9 heures sur une planche recouverte d'une pseudo-mousse qui sert de matelas.

Un moment assez fantastique où j'ai pu voir, à 6 heures du matin, les hanoiens faire leur footing, et la gym matinale. Un grand moment, quand le soleil se lève sur le Lac, et que tranquille, dans les buissons, autour du lac, sur les place, s'activent les courageuses mamies, pour faire un peu de fitness.

Après j'ai écris ça. Et pourtant, il n'y a pas vraiment de rapport, ni de destinataire.

Bien le bonjour Mademoiselle
C'est la première fois que je vous vois
Qu'est-ce qui vous amène par là?
Ah! La fraicheur du temps
La caresse du vent
Et la fraicheur des arbres


Oh moi! Mademoiselle
Ici c'est ma maison
Elle est un peu conceptuelle
Et parfois même j'y suis bien
En toute saison

C'est une maison un peu crânienne
Où circulent milles en unes pensées
Arborescentes, couleur du ciel
Sur son toit perle la rosée

J'y ai cloué des planches et condamné des portes
Je veux plus laisser entrer de feuilles mortes
Ni les courants d'air froids

Quoi! Mademoiselle
Vous voudriez rentrer?
Et laisser échapper
Votre âme, pourtant si belle
Dans cet esprit bien débraillé.



Vendredi 4 Mars 2011

Ce soir, je n'ai pas envie de lire, j'ai juste envie de changer le monde. J'ai envie d'écrire, mais je n'y arrive pas. Je n'ai pas de constances. Il faudrait que j'écrive plus. Mon ermitage, symbolisé par cette chambre d'hôtel louée pour le mois, ne porte pas vraiment ses fruits. Finalement, je sors plus que je ne reste ici.

Je devrais écrire à propos de ce rêve: Nous étions avec toute la troupe de théâtre de l'année dernière. Nous étions entrain de jouer une scène de guerre: tous arrivait sur scène habillés de blanc, comme des fantômes. Plus de bruits de mitraillette, et tout le monde s'effondre. Glauque à souhait.

Parfois, j'interprète tout pour essayer de donner une cohérence au système. Socialisme, amour des autres, Bisexualité, fusion des arts et de la politique, démocratie.

Des films et Des livres. Des livres vietnamiens, comme Duong Thu Huong par exemple. Les paradis aveugles, un très bon livre, un peu larmoyant, mais très poignant et qui montre tout l'échec du communisme.

Et puis des films aussi.

« J'ai tué ma mère ». Quel film! Xavier Dolan a écrit ce film quand il avait 17 ans. Diantre, il faut que je me bouge le cul! 17 ans, c'est l'âge que j'avais quand j'étais avec elle, que je me sentais plein de vie, et que je voulais écrire: « Ohwo! »

Et puis l'Amour bon sang! Il faut y penser à l'Amour!

(...)

Il y a quatre japonais qui m'entourent. Le Japon se rapproche petit à petit. Le Japon me manque.

(…)

Le Vietnam est un pays où les gens sourient. Mais j'ai raté son sourire ce soir. C'est étrange mais je n'arrive pas à vraiment à m'attacher. Peut-être est-ce surtout parce que je m'en vais bientôt. Ou pas envie de m'emmerder avec ça. Je ne sais pas. Relax, take it easy, Paul.

Huong. J'ai rencontré deux Huong. N'avaient pas le même visage. Sa beauté m'a frappé au visage. Mais qui?


Mercredi 9 Mars 2011

« Et puis il ne savait plus quoi dire. Et puis il le lui avait dit. Il avait dit que c'était comme avant, qu'il l'aimait encore, qu'il ne pourrait jamais cesser de l'aimer, qu'il l'aimerait jusqu'à sa mort. »

Marguerite Duras, L'amant


J'aime ce passage. Il me parle. Je n'y peux rien. J'ai l'impression que mon cœur le scande contre les parois de mon for intérieur, pour faire écho jusqu'au fond de mon ventre, et voir si la phrase sonne bien, comme Gustave Flaubert et son gueuloir. Triste: oui, un peu. Cette douce mélancolie. D'y penser encore.

Non seulement, je suis un ruminant, mais en plus je suis un romantique. Mais pas n'importe quel romantique. Le romantisme est à réinventer, un romantisme qui rend libre. Un romantisme qui ne laisse pas de crottin de cheval sous le balcon. Peut être un romantisme politique qui montre que l'amour peut lier des hommes et des sociétés, sans pour autant les enchainer dans des mots et des discours, à des attitudes préconçues, à des attitudes politiques passivement exécutées. Un romantisme qui ne considère ni le destin des âmes sœurs ni par pur déterminisme social ou naturel. Un romantisme qui accepte que tout n'est que circonstance, et qui accepte la facticité du monde, et l'infini liberté des êtres. Suis-je clair? Pas vraiment.


(…)

Le Vietnam et ses gens, et ses visages, ses bruits. Je n'ai rien vu. Je suis resté un mois et je n'ai rien vu. Et je ne vous ai finalement rien raconté, parce que tout est resté dans ma tête. Et je ne vous montre ici, que mon nombril et le nombril du monde. Étrange expérience.

















 
(…)

Les pensées deviennent de plus en plus rares et secrètes.

(…)

Ouais j'y otage de ma tête
Tout s'que j'vois par la f'nêtre
Déménage dedans

Camille, Assise


(…)

Loin de là où j'étais, il y a eu un tremblement de terre, et puis après plein de choses ont changé. Et j'ai eu alors le sentiment d'être tout vide. Pourvu que tout aille bien. Pourvu qu'ils aillent bien. Pourvu qu'il aille bien. Pourvu que le Japon aille bien.

(...)

Ce que je veux faire dans la vie finalement, je le sais. C'est comme si j'écrivais perpétuellement le livre de celle-ci, en revenant toujours sur les images les plus obsédantes. Je donne alors une couleur différente à chaque fois. Une nouvelle image. Une nouvelle lueur.






 

Lueurs

Sur le plafond bleu et mauve
Ce sont toujours les ombres
Qui chantent, dansent et exhalent
« Les mêmes odeurs »

En fait le soir j'ai plutôt peur
J'ai très peur des lueurs
J'ai très peur de ses grandes ombres
Qui me regardent sans pudeur

J'ai 17 ans
Ou peut être que j'en ai 22 maintenant
Mon ombre n'a pourtant pas grandie
Et reste la même face au soleil

L'ombre s'assied sur mon lit
Je la déshabille lentement
Et un souffle froid m'envahit
La peur: cette peur indescriptible.

Alors que j'étais dans tes bras
J'ai eu peur bien au début
Mais ces bras rassurant on fait de moi un ruisseau
Le temps d'un instant

Sur le plafond bleu et mauve
Ce sont toujours les ombres
Qui chantent, dansent et exhalent
« Les mêmes odeurs »




(...)

Écrire des livres, c'est écrire sa vie je pense. Et si écrire c'est vivre, alors il n'y aura plus rien d'autre d'important. « Il faut écrire des choses importantes. »


« Je crois que ma vie a commencé à se montrer à moi. Je crois que je sais déjà de me le dire, j'ai vaguement envie de mourir. Ce mot, je ne le sépare déjà plus de ma vie. Je crois que j'ai vaguement envie d'être seule, et même je m'aperçois que je ne suis plus seule depuis que j'ai quitté l'enfance, la famille du Chasseur. Je vais écrire des livres. C'est ce que je vais faire au delà de l'instant, dans le grand désert sous les traits duquel m'apparaît l'étendu de ma vie. »

Marguerite Duras, L'Amant




Ulysse et Pénélope


I. Ulysse

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage... »:
Ulysse quitte la berge, il quitte cette maison
La grande maison noire aux fenêtres jaunes
Où l'on ne reconnaît plus son visage.

Devant lui, ma foi, des arbres
Tout aussi sombres
Des étoiles au travers
Et le bruit de l'eau sur l'Océan.

Il n'y a, pour Ulysse, plus vraiment de rivage
Seulement l'eau, puissante et large
Les grandes branches sauvages,
Et les grands anthropophages.

Et Pénélope, le grand Amour
Vogue toujours dans ses pensées
Tout s'efface à part sa lueur
Mais elle a bien le dos tourné.

« L'avenir n'est rien d'autre qu'une fiction du présent »
Se dit Ulysse, les yeux fixant l'étendue noire
Pénélope n'est pas là pour l'aider à voir
Sur ses joues, la larme discrète du vent.

Il y a bien des mois qu'Ulysse est en partance
Ses bras fatigués cherchent encore le chemin
Sans cette peur de voir que devant il n'y a rien:
Perdu qui, comme Ulysse, navigue sur l'errance.



  1. Pénélope



Ulysse n'avait pas de maison
Il avait juste Pénélope
Pénélope était son logis
Et sa raison de vivre

Pénélope était un paysage
L'image même de ses pensées
De ses contradictions sauvages
Des addictions imaginées

Lentement elle tombe sur la pelouse verte
Absente comme toujours, l'eau du rêve
Tombe doucement sur la tapisserie qu'elle ne tisse plus
Et qu'elle a délaissé

Il n'y a ni rêve ni mémoire
Plus forte que la Terre qui tremble
Que les voix mourantes qu'Ulysse n'a pas entendu
Et les vagues dangereuses, invisibles

Si bien que Pénélope, lassive
Toujours ailleurs, sous les ondes
Montre les angoisses primitives
Et la fragilité du Monde

« Et toujours dans son esprit vagabonde »



III-Tremblements

Le ciel orangé et l'asphalte de la mer s'étendent sans qu'on en voit la fin.

Ulysse creuse des trous dans la terre de la barque qui ne le mène nulle part. Il y a autour de lui des bruits de succion, et les visages inquiétants des grands anthropophages. La sueur perle son front; on peut lire dans ses yeux sa détermination et son envie de fuir. Ses mains sont pleines d'égratignures; sous ses ongles la terre sèche et aride de la barque. Car Ulysse a 17 ans, peut-être plus, peut-être moins.

Dans le tumulte, la barque tangue mais les grandes vagues ne l'effraient plus. Monde entier qui s'ouvre pour sourire au visage effrayé du voyageur. Les tremblements de l'eau secouent toujours le cœur d'Ulysse. Mais il creuse toujours au fond de la barque, en contact avec les racines et les pierres. Le trou qu'il a creusé est aussi profond que le cratère qu'aurait creusé une météorite; pendant qu'il s'acharne, des mains lui attrapent les bras et le cou, s'approchent goulument de son oreille. Quand soudain jaillit une lumière.

La lumière du ciel jaillit du trou creusé dans la barque. Comme si la mer du soir, pleine d'étoiles s'écoulait dans le navire devant les yeux éblouis d'Ulysse le magicien. Sous les nouvelles secousses, la terre meuble retombe et rebouche le trou, pensant l'ensevelir. Pierres, racines, eau et toutes les étoiles lactées par l'écrasement du ciel sous la terre, prêt à faire couler la barque dans l'océan de la grande question. Et les anthropophages, de leur bouches énormes qu'on pourrait y loger des comètes, éclatent d'un joyeux éclat de rire que réveillerait plus que le ciel.

Mais Ulysse, presque enseveli, dira toujours:

« Pénélope »

mercredi 2 février 2011

Après un semestre- Jours étranges-Bilan

C'est étrange. Depuis une semaine, je me suis mis à reécouter la bande originale du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain. Et ce qui est encore plus étrange, c'est ce que je peux encore ressentir après avoir écouter la Valse d'Amélie. Morceau à midinette que l'on peut jouer facilement au piano, et que l'on peut déballer pour épater les filles et faire pleurer les mères, il a néanmoins quelque chose de magique. Une mélodie simple qui serre le coeur, et qui n'a été inventée qu'une fois. Même après des années, on ressent les mêmes sentiments, et on l'aime, cette romantique musique de midinette.

Je ne sais pas vraiment par où commencer ce bilan d'un semestre. Peut être par cette vision, toujours à propos de la même chose.

J'étais à la porte du train, au Havre. Nous étions tous les deux dans le wagon mais l'un d'entre nous deux resterait sur le quai. Nous ne disions plus rien. Il fallait partir pour vivre des nouvelles choses, comme pour dire autre chose, changer de réalité après avoir passer une année intense qui ne pouvait vivre que sur elle même. "Vis plein de choses, on se les racontera après", que je lui ai dit. Puis nous sommes embrassés, et le train est parti. Depuis lors, tout s'est mélangé dans ma tête. Tout s'est transformé en une autre histoire, qui a commencé par un retour anormal, vibrant d'amour mais aussi non souhaité, qui ne voulait pas qu'une année de bonheur s'en aille dans le placard des bons souvenirs, avec les costumes de théâtre et tous leurs visages lumineux. Et puis s'enchaînèrent  les incompréhensions, les hésitations, les disputes, les méchancetés, la mauvaise foi, le mépris inexplicable. Et puis ce fut la séparation, amère et froide. Pas encore de substrat visible au changement, simplement du silence dans un terrain vague (on peut voir les herbes doucement bouger mais on entend pas les oiseaux chanter.)

 Pourquoi ressasser ça? Peut être parce que ces choses sont bien présentes dans mon esprit. Parce que même si elles prétendent s'effacer, prétendent progresser vers un mieux, elles sont toujours là, quand même. Comme le sentiment que j'éprouve après la Valse d'Amélie. Et pourquoi dans un tel article? Parce que cette histoire a, malgré tous les efforts et toutes les réussites, tout de même coloré grandement cette partie du semestre, mais peut être pas avec la plus belle peinture qui soit. Mon aventure Tokyoite ne se limite bien sûr pas à ça. Mais le Japon, c'est aussi cette histoire, et je ne peux pas le nier.

Je viens de passer presque cinq mois au Japon, dans un des pays les plus développés au monde. En venant ici, je me suis d'abord rendu compte de l'importance qu'il y a à préparer ses voyages et aller dans les endroits que nous envisageons vraiment. Non pas que j'ai commis une bourde monumentale en venant ici. C'est simplement que j'ai trop suivi un troupeau et les certitudes de Sciences po, et que finalement, je suis arrivé ici avec de fausses attentes. Passée cette première difficulté, il faut tout de même retrouver son compte, parce qu'il ne s'agit pas de faire l'enfant gâté qui n'est pas heureux dans un des pays les plus fascinants de la planète! Parce que s'il y a bien une ville fascinante, merveilleuse, grandiloquente, c'est bien Tokyo, la grande avaleuse. Des petites rues comme des grandes avenues, dans un torrent de lumière éblouissant. Des fourmis partout, des magasins partout, de tout partout. Une grande ville produit presque toujours immédiatement une atomisation des individus. Dans une grande ville, on se retrouve vite soi-même un perdu parmi la foule. Se distinguer est difficile. On devient un être humain branché à un téléphone portable, en communion cosmique avec d'autres individus aussi seuls et perdus dans les contacts du téléphone. Mais ce n'est pas forcément triste. Tokyo, ville étrangère, nous ramène finalement à nous même. Car le poncif qui accompagne les voyages est bien vrai: on se découvre bien plus soi même en voyageant. Comme dirait Michaux: "Voyager pour s'apauvrir, voila ce dont tu as besoin". On se déshabille des certitudes, pour se retrouver nu et soi-même, sans rien d'autre qu'une gigantesque page à écrire.

S'il y a bien un bilan à faire au Japon, c'est le bilan des amitiés. Se faire des amis français ou internationaux est une chose plutôt facile et rend le quotidien brillant et lumineux. Tout le monde est dans le même état d'esprit, c'est à dire le voyage et la découverte. Je suis moi-même plutôt surpris par mon aisance à me lier facilement avec les gens de la sorte. Malgré la distance que je garde, comme une habitude plutôt qu'une méfiance, ce sujet là n'est pas très difficile.
En revanche, une des choses assez ardues ici, et peut être la plus intéressante est de se faire des amis Japonais, qui n'ont jamais vécu à l'étranger et qui ne parle pas l'anglais. Non pas que cela soit impossible! Au contraire! J'ai rapidement compris que le problème n'est peut être pas la prétendue distance que les Japonais mettent entre eux et les étrangers, mais peut être plutôt un double jeu de serialité. En se disant que les japonais sont d'avance difficiles d'accès, on se bloque peut être plus, on ose moins aller vers eux, et du coup construire une amitié devient plus difficile. Enfin, un des problèmes majeurs est peut être la langue: parler c'est penser, et parler mal c'est montrer une pensée caduque, c'est ne pas se montrer soi totalement, d'où le temps plus important.

 Ce que j'ai réalisé ici, c'est que malgré les différences culturelles, il y a bien une similitude, un petit quelque chose qui fait que nous pouvons tous nous entendre, en tant qu'être humain. Cette banalité grandiose est en fait plutôt un rejet du relativisme culturel radical. Il y a bien des similitudes entre les japonais et nous même, et peut être plus que des différences. La forme est juste différente, mais comme la forme fait aussi le fond, le fond diffère. C'est un jeu dialectique entre le même et le différent: le Japonais est bien ce charmant concept d'Autrui que l'on étudie en Philosophie en Terminale! Il fallait bien que cela serve à quelque chose!
Alors pour ce qui est des amis japonais: Oui! Oui, doucement mais surement, je me fais des amis japonais. Certains commencent vraiment à s'ouvrir, comme moi je m'ouvre à eux. On apprécie alors le raffinement, cette attention portée au détail et à l'autre, la gentillesse, la politesse, l'intelligence, la beauté, l'humour, mais aussi la timidité, les changements d'humeur, la distance, la peur, la fascination... On expérimente finalement ce qu'on éprouve avec n'importe qui d'autre. C'est juste que tout est dans le désordre, et qu'il faut du temps pour reconstituer le puzzle de la différence culturelle.

Si je suis bien optimiste quand aux japonais en eux même, je le suis beaucoup moins quand à la société japonaise. Peut être cela va-t'il changer au cour de l'année, mais en tout cas, je n'ai aucune envie de faire ma vie ici. La vie des japonais semble être reliée à une seule et même chose, le travail. C'est bien simple, tous les exemples de nos manuels scolaires parlent soit des devoirs que Sato san doit faire en retrant chez lui, soit du part-time job de Moriyama kun.  Ici, le travail et l'effort sont les vertues cardinales de ce peuple laborieux. Un enfant, après avoir quitté l'école primaire, va rentrer au collège puis au lycée, dans lesquelle il va se préparer à un concours d'entrée pour l'Université. Bien sûr, comme ce concours est bien difficile, les plus malins et plus à l'aise financièrement prendront des cours du soir, qui va résumer leur vie lycéenne au travail. Une fois à l'Université, ils étudieront la matière qui les fascine le plus, de l'Art à la Religion en passant par l'Allemand ou les mathématiques. Ils entreront dans un club, qui leur demandra un investissement qui peut parfois aller à trois heures tous les soirs. Ils prendront un baito, ou petit job, pour gagner de l'argent pour s'amuser une fois la semaine. A partir de leur troisième année, ils vont commencer à chercher un travail, assister à des séminaires d'entreprises en tout genre. Et ainsi, si tout va bien, parce que c'est la crise depuis presque 20 ans, ils touveront un métier à la sortie de leur quatrième année. Ainsi, une étudiante en littérature islandaise ou bulgare peut se retrouver banquière, comme un étudiant en "culture et religion" se retrouver dans une entreprise de logistique. Ensuite, dans cette entreprise, ils travailleront toute l'année, avec deux semaines de repos par an, une explosion d'heures à la semaine, prendront le train à minuit pour rentrer chez eux, si ils ne sont pas restés endormis dans le métro après deux heures de transport.
Bien sur cette description est bien arbitraire, manque de précision, est basée sur des observations, et
s'applique beaucoup plus à Tokyo qu'au Japon en général. Elle est aussi peut être un peu exagérée. Cependant, je ne peux pas m'empêcher de penser que ce pays court à sa perte, comme si cette dépression économique depuis si longtemps présente n'était que le reflet d'un pays qui finalement s'ennuie d'avoir tout acquis. Après les toilettes à la lunettes chauffée, le jet automatisé qui vous lave le derrière, et le vibromasseur "Hello Kitty", je ne sais pas ce que les Japonais vont bien pouvoir inventer pour se trouver quelque chose à apprécier, une fois que le capitalisme leur a tout apporté, à part le bonheur et le bien être. Et je ne dis pas ça gratuitement. Je parlais avec mon professeur de littérature, américain, qui adorerait vivre en Europe, parce que "You guys understood that a life where you are working to live is not worth living." Comme quoi, les 35 heures et le mois de congé payé, ça peut faire aussi rêver les Américains et les Japonais, capitalistes sans remise en question.

Remise en question et intégration dans le monde du travail. Comment faire une transition discrète sur moi et ma petite personne. Ce voyage et mon séjour à Sophia m'aura montré que j'avais de plus en plus de mal à supporter le monde universitaire et les cours. En ce moment, je suis complètement perdu. Une vingtaines de Master différents. Une vie pleine d'autres possibilités tellement plus passionnantes. Je ne sais absolument plus ce que j'ai envie de faire de ma vie. Chercheur, politicien, artiste, metteur en scène, tisseur de rêve. Tout faire se révèle impossible. Et tout choix implique un renoncement, un coût d'opportunité. Quelle loi terrible! J'ai 22 ans, et je n'ai plus aucune idée. "On the top of the world, you've got nothing done" dirait Brian Molko. Juste envie de me perdre, de ne plus avoir à penser. De créer, de créer de l'art et de rendre les gens heureux, intelligents, éclairés, conscients, amoureux, outrés, vivants. Mais aussi envie de voyager, de me perdre dans la jungle, au coeur des ténèbres. D'aller dans les ténèbres, que ces mains inconnues me prennent pour faire de moi ce qu'elles veulent, pour faire de moi l'autre.


Arty Farty


"I wanna take you away
Lets escape into the music
DJ let it play
I just can't refuse it
Like the way you do this
Keep on rockin to it
Please don't stop the
Please don't stop the
Please don't stop the music "


La violence et l'alcool circulaient dans mes veines
Quelques neurones se battaient dans mon cerveau
A l'entrée de la grotte, les pâles voix lointaines
Des vampires homnivores, une croix sur le dos.

Dans la nuit sombre sortaient de leurs cercueils noirs
Les grands hommes très hauts, cheveux noirs de jais
Les regards délicieux, dévorant les nuées
Des douces proies sorties tout droit du vent du soir.

On prit alors le fer, me marqua le poignet
Un verre de sang donné, jeté droit dans l'Enfer
Ami à mes côtés, vision de Lucifer
Vision mortifère, nous sommes bien damnés.

Dans la fosse aux vampires, nous nous jetâmes alors
Effrayés avant tout par leurs yeux de saphir
Leurs sourires effrayants, leur calme teint de cire
Les longs doigts silencieux, semblant sceller mon sort.

La musique est vitale, la peur vite s'endort
Autour des êtres humains, que cette envie de jouir
Et d'embrasser d'amour ses visages faits d'or:
Nos hurlements de peur se transformèrent en rires.


"On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve" disait Héraclite. "Tout s'écoule". Cette troisième année nous a tous rendus fous, ou plutôt, nous a tous rendus tout blanc. Une envie de ne pas être ce qu'on a été, ce sentiment de faire ce qu'on ne pouvait pas faire avant. Beaucoup de couples ont explosé. Des amitiés se sont crées, alors que d'autres se sont évanouies, ou on fait semblant d'éclore pour finalement mourir dans l'oeuf. Nous sommes tous, plus que jamais, des individus, seuls devant la grande tapisserie de notre vie, sans savoir vraiment quoi écrire dessus, mais avec une ferme volonté de ne pas rendre copie blanche. Je ne sais pas quoi penser du concept de "révolution personnelle", ni du changement en soi même. Il n'y a de toute façon pas de quoi juger un tel sentiment de manière axiologique. Ce n'est ni bien ni mauvais. Juste envie d'exploser de lumière, de pousser au plus loin, de faire des choses que nos parents n'ont peut être jamais eu l'occasion de faire. Et parfois, on voit le changement, et on ne peut pas lutter contre lui. Et on voit alors la barque s'éloigner de la berge, le visage familier s'effacer dans la brume, pendant que l'on s'enfonce dans le noir, avec comme navigateur le Passeur qui nous emmène non pas vers la Mort mais vers la réalité de la Vie.

Mais il y a cependant des choses qui ne change pas beaucoup. Du moins, elles diffèrent, prennent une autre rhétorique et d'autres conversations. Ainsi je voudrai remercier Mademoiselle Stellaire que je n'ai jamais évoqué ici sur ce blog. Sans trop savoir pourquoi, je me suis mis à repenser à elle quand je voyais les paysages nocturnes défiler pendant que j'étais dans le train. Après un sourire, je voulais juste la remercier, lui dire qu'elle me manquait, et que je lui souhaitais tout le bonheur du monde. La remercier d'avoir été là quand ça n'allait vraiment pas. De ne pas être partie, de ne pas s'être effacée alors que notre situation lors de mon départ était bien plus complexe et profonde que la dernière histoire qui a laissé tant de souffrances, d'incompréhensions et de malaises. Pour cela, merci. Avancer ne veut pas toujours dire faire table rase du passé.
Et pour mieux la connaître: http://mademoisellestellaire.blogspot.com/

Une incompréhensible tristesse. Nous nous sommes retrouvés dans une chambre, la lumière faiblement allumée, après avoir pleuré, tous les deux pour les mêmes raisons, même si nos histoires n'étaient pas vraiment entremêlées. Couchée sur le lit, la masse en face de moi était fort ivre. J'ai passé mes bras autour de son dos, et j'ai fermé les yeux. Le manque, le vide: les sacripants qui reviennent sans qu'on comprenne pourquoi, ceux qui font de nous des êtres qui ne pensons qu'à persévérer dans notre être, des êtres qui ne vivent qu'à travers le désir, qu'en dehors de nous mêmes, en bon spinozistes. J'ai alors embrassé son visage, et ses lèvres, mais de l'eau a coulé sur les murs, les pétales de la fleurs se sont repliés sur eux-mêmes, et le vent a cessé de souffler sur les fenêtres. La tristesse est partie en fermant la porte, me montrant la constance de l'existence, et les incohérences du désir. Et surtout qu'on a besoin d'être seul, pour mieux se découvrir.

"Voyage, voyage! Plus loin, que la nuit et le jour!"Desireless

Je pars pour deux mois hors du Japon. Je vais faire un mois de stage au Vietnam, et probablement un mois en Chine. J'ai vraiment besoin de partir du Japon, besoin de vivre autre chose, moins aseptisé, de quitter cette réalité que je ne vis qu'à moitié, de m'apauvrir encore plus. Peut être que là où je vais, je ne trouverais pas ce que je cherchais, mais l'important c'est de chercher non? La réponse quelque part, on s'en fout!


Comme vous avez pu le constater, ce bilan est plutôt contrasté, fait d'ombres et de lumières, aussi réaliste que peut être l'amour, l'argent, l'amitié ou la mort de Carlos et Micheal Jackson. En tout cas, merci Sciences po! Au moins, cette école aura servi à quelque chose: nous montrer que nous devons nous adapter et savoir changer dans ce monde en constante rotation. Des purs produits de la mondialisation peut être? Ou simplement avoir la vingtaine et se perdre, et leur dire merde à tous.

 En tout cas, rentrer en France: Oh ça non!

dimanche 30 janvier 2011

Merci à Clarisse Pham


" Le poète n'est plus campé seul, face au reste de la réalité; il est, ni plus ni moins qu'un autre, embarqué dans le même bateau et pour un même voyage. Cette proximité fait d'autant plus ressortir sa singularité que son activité est presque inexistante : au moment où les rameurs qui ont souqué sur les avirons sont en fin de course et s'apprêtent, tendus qu'ils sont en arrière, à basculer précipitamment en avant, en relevant les rames de l'eau, ils créent par ce mouvement même une sorte d'arrêt dans le mouvement de la barque, qui correspond à un moment d'inertie. C'est très précisément là que celui auquel Rilke identifie le poète intervient : son chant comble cette inertie, et, plus encore, la convertit, transformant la résistance de la barque en un chant qui la métamorphose, en même temps que ce chant qui permet à ceux qui rament de retrouver le rythme et le sens de leur action. Qui plus est, la source du chant n'est pas l'indigence de la réalité, mais bien un surcroît d'être auquel il est indispensable de donner d'abord une forme. Le chant qui surgit ainsi n'a pas nécessairement un sens immédiatemment perceptible, mais il maintient un lien étrange et insolite entre l'immédiateté d'une résistance concrète mais dominée, subvertie, et des aspirations plus lointaines, inévitablement floues encore, ert qui, sans doute, resteraient inexprimées, faute de recevoir cet élan, en quelque sorte surgi de l'avenir. C'est pourquoi la place du poète est, avant tout lieu qu'on voudrait lui refuser, lui concéder ou lui offrir, sitée dans le temps."

Marc B. de Launay
Introduction de Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke 

mercredi 5 janvier 2011

Merci!

"Happy birthday to you
Happy birthday to you
Happy birthday to you Mister President
Happy birthday to you"


Je me suis mis sans raison valable, à réécouter Marilyn Monroe dans ses belles années. Quand Marilyn a chanté cette chanson, qui a provoqué sans aucun doute une érection à tout son public masculin, elle signait aussitôt son arrêt de mort, par un suicide qui sentait bien trop les dessous présidentiels pour être franc et désespéré. Happy birthday Mister president! Et surtout, à tous, en retard, un très joyeux noël et une bonne année! Let us celebrate.

J'ai pensé à "Happy birthday", parce que j'avais envie de vous faire un remerciement aussi glamour que celui de Marilyn. Je voulais remercier les lecteurs de ce blog. J'écris pour me vider l'esprit, pour essayer de mettre en forme ce qui se passe dans ma tête, et surtout pour garder une constance dans la vie sans avoir l'impression de sombrer dans le vide. Je n'irai pas jusqu'à me faire poête maudit bien sûr, parce que je ne suis ni assez bon, ni adepte des clichés tout faits pour me considérer comme tel. Disons juste qu' écrire me donne l'impression de marcher droit, malgré les bourrasques de vent sur le chemin. Une sorte de tapis existentiel que nous offre seulement l'acte de créer. Je veux remercier tout ceux qui m'envoient des messages et des compliments après avoir lu mes articles même s'ils ne commentent pas ceux-ci sur le blog même. Chaque message est personnel et touchant. Merci encore, cela me donne encore plus l'envie d'écrire, et de mieux en mieux.

Joyeux Noël et Bonne année à tous.
And happy birthday to you mister president!