mardi 28 septembre 2010

Proverbe du jour

Mon père a appris ces deux proverbes en Bretagne, qui m'inspirent bien alors que je suis à Tokyo en plein dans la pluie.

"Quand le goéland se gratte le gland, il fera mauvais temps"

Cette phrase ma foi fort poétique s'enchaîne avec la suivante:

"Mais quand le goéland se gratte le cul, il fera pas beau non plus"

A méditer... (vivement que les cours reprennent)

Histoire de porte (poèmes de 2006)

Ce sont de vieux poèmes que j'ai publié en 2006 dans un ancien blog de poésie que je tenais avec deux amis à moi (http://without.canalblog.com/) . Ils ont été écris dans une période où j'étais fasciné par l'hermétisme (Mallarmé, Rimbaud, Bonnefoy) ...sans vraiment comprendre ce que c'était (la gaucherie de ces poèmes en témoigne fort bien). Cependant, quelques phrases sont pas mal, donc les voilà.

 

La porte qui grince


I

Les voiles de la transe
Doucement susurrent
A la nuit que toutes ses portes s'ouvrent
Vers le clapotis?

Doucement susurrant
Finalement
A la nuit car
Quand les voiles en transe
Entre de nouveau dans la danse
Les portes s'ouvrent
Vers le clapotis
Du vertige
Du ruisseau
Les portes doucement s'ouvrent
Et quand les voiles, en transe
Font éclater l'amour
Les pages se succèdent
Et le clapotis qui
Lentement susurre
S'engouffre et traversant le ruisseau
Croise le géant
Qui d'un mot...

Les voiles amassés et les portes ouvertes
Le ruisseau coulant et le géant passant
Considérablement
Le bruit d'une voiture
Trouble affinement
L'onde de la porte qui fermée
Respire tranquillement

II
Les voiles de la transe
Doucement susurrent
A la nuit que toutes ses portes s'ouvrent
Vers le clapotis?

Poésie avant toute chose
Qui rime encore comme du cristal
Se perd dans la nuit diamétrale
Des portes qui doucement s'entrouvrent

Le souffle perd sa force
Qui susurre, doucement
Luit au quart d'heure de tes lèvres
Aboli objet de mes illustres bruits

Les voiles de la transe suggèrent des clapotis
Ou le perdu se doit de couler avec lui
Et le géant se lâche dans le catimini
De la porte muette qui se ferme sans bruits



La porte qui claque


Les voiles de la transe
Par des vagues de vent
Se déchirent quand Zéphir
Fait claquer les portes

Comme un ballet
Par intervalles réguliers
Battent les voix du crépuscule
Qui susurrent à la nuit:

"A demi mots et en quart de coeur
Sortez de votre torpeur!
Âmes maudites! perdues dans le bois
Que tout te perçoit."

Violemment la porte se ferme sur ces incertitudes
Qui reviennent en courant se placer au miroirs
Marquant le début des déboires
Des portes s'entrechoquant...

lundi 27 septembre 2010

L'amour est dans le train

Pendant que le train avance dans la nuit, je suis assis sur un siège bien propre et je commence à m'endormir en voyant passer les stations.

(tous les témoignages parmis diverses personnes qui ont été recueillis sont vrais)
新宿(Shinjuku)
The doors on the left side will open. Please mind the gap.

Témoignage:"Wake up. grab a brush and put a little make up. hide the scars to fade away the shake up."


         J'ai raccroché le téléphone. Je n'aime pas le téléphone, c'est moins bien qu'en vrai, mais bon, en vrai ce n'est pas clair non plus et puis c'est dans longtemps, trop longtemps. L'amour n'attend pas. C'était une des choses les plus dures de ma vie: rompre. Enfin, j'ai rompu de mon côté, sans artifice, sans sacralisation et surtout pour éviter la précédente, pleine d'incertitudes. Juste "ras-le-bol": les incertitudes minent mon estime personnelle, font monter l'espoir. Je ne traînerai plus derrière, je suis fatigué, l'Amour m'a fatigué. Rien n'est perdu bien sûr, car c'est une petite flamme précieuse, un secret que je garde au fond de mon coeur, l'éternel espoir du "un jour" qu'on doit ranger dans une petite boite parce que ça ne dépend plus de nous-même. Il faut cependant arrêter d'aller chercher l'amour quand celui-ci s'enfuit, pour des milliards de bonnes ou mauvaises raisons, de vos mains tremblotantes. Ces choses là marchent dans la réciprocité. Prendre ses distances, peut-être pas définitives enfin ça j'en sais rien, mais ne pas revenir quémander. Avancer plutôt.  
      Cette troisième année d'étude à l'étranger est une année particulière car elle questionne beaucoup le thème de l'amour. Tous les couples se posent la question de la troisième année, se posent la question de rester ensemble ou pas. Certains éclatent, d'autres résistent, se transforment, ou s'effritent. Il n'y a pas de recette miracle contre la jeunesse qui avance, contre le mystérieux temps qui passe. L'Amour, le sexe, l'attirance, l'amitié: on a beau avoir 20 ans, ces problèmes ne sont jamais simples et ne le deviendront jamais.



三鷹 (Mitaka)
The doors on the left side will open. Please mind the gap.

Témoignage: "La nuit était parfaite et froide, l'Hotel de ville très lumineux, l'ambiance parfaite à l'amour. Je me suis approché pour l'embrasser et l'autre a reculé d'un pas, de peur de se faire frapper au coin de la rue."

Aimer c'est dur. Aimer c'est questionner la liberté. Quand on aime, est-ce qu'on est moins libre ou pas? Est-ce qu'on s'enchaîne ou est-ce qu'il nous donne des ailes? Et puis pourquoi y'en a toujours un qui aime plus que l'autre? Pourquoi on cherche tous une personne qu'on aimerait assez pour se sentir enchainer, alors que l'autre, ça lui fait peur? Je pense que de telles questions sont sans fin. Il faut le vivre de façon existentielle plutot qu'essentielle. L'Amour n'est rien sans liberté et existence. L'Amour se vit avant de se penser et n'existe que lorsqu'il peut s'épanouir sans se poser de question.

Vous me direz: mais j'aime librement ma femme, je ne me cache pas, et pourtant parfois je doute de mon amour? Oui vous avez sûrement raison, car l'Amour n'est qu'un marshmallow gluant qui s'adapte aussi à nos humeurs et découvertes. Mais essayer d'aimer sans liberté, et vous verrez que votre amour périra aussi vite que la flamme d'une bougie dans un ouragan.


たしかわ (Tashikawa)
The doors on the left side will open. Please mind the gap.



Témoignage:"Encore une fois nous nous sommes réveillé à 5 heures du matin pour quitter mon appartement. Personne ne devait nous voir."

On parle souvent de l'amour entre un homme et une femme. On nous a toujours bassiné avec les contes de fée et toutes ces conneries faites quelque part pour consolider un idéal bourgeois et reproducteur de cette espèce virale que constituent les humains. Mais en vérité, l'exemple des amours homosexuelles, des amours alternatives, ne nous montrent-elles pas mieux la question de l'amour et de la liberté? Parce que l'alternative, elle a pas toujours le droit de faire tout ce qu'elle veut...

Aimer, certains le vivent comme un poids essentiel. "Je suis une femme et je ne peux tomber amoureuse que de femme." "Je suis un homme et je ne peux tomber amoureux que d'hommes." Quand on est homo, l'amour semble déjà moins libre. Quand on ne peut choisir rien d'autre, aimer c'est au départ un calvaire.  Et puis il y a les bisexuels. Certains homo n'aiment pas les bi, parce qu'ils disent que ceux-ci se retourneront toujours vers la facilité. Hors, très logiquement, on peut dire qu'être bi c'est aussi difficile que d'être homo. Quand on est bi, l'amour devient un cauchemar de choix, et on devient une machine à aimer. Aimer universellement n'importe quel sexe: cela fait de nous une personne indéterminée, ne sachant jamais sur quel pied danser, incapable de s'associer à des schémas précis. Aimer sans cesse sans comprendre. L'amour libre est aussi un calvaire. Et sur le plan existentiel, c'est pareil: quand on aime quelqu'un du même sexe que le sien, on s'expose à la même situation que quelqu'un qui ne peut pas choisir. Il s'agit de prendre finalement le pli d'un amour alternatif, que la société, dans sa bienséance, n'accepte toujours pas très bien.




埼玉県 (Saitama ken)
The doors on the left side will open. Please mind the gap."Pendant que j'étais couché sur ses genoux, un homme d'affaire allemand est passé devant nos sièges et a dit d'une voix agacée, en levant les yeux: "nein, nein, nein".

 Dans ses yeux, j'ai vu des millions d'étoiles, mais aussi des gros nuages noirs. Des kaléidoscopes de lumière qui s'emmêlent à la noirceur, à l'incertitude. Et qui font ressortir ma propre noirceur, mes propres incertitudes. Partir quelque temps, ou pour oublier un peu les étoiles, ou pour en trouver d'autres, moins brûlantes et brillantes, mais peut être plus calmes, plus sereines.


吉祥寺 (Kichijouji)
The doors on the left side will open. Please mind the gap.Témoignage"S'aimer dans le salon, devant les grandes fenêtres glacée, sur le tapis quand soudain  on panique: le voisin pervers nous a peut être vu?"

On aime d'abord un corps. On l'aime partout ce corps et on tombe à la renverse. On le prend partout, le mâche, le renifle. Il n'y a plus de normes sociales, il n'y a que l'amour qui prend tout et s'en va. Ravagé, d'avant en arrière, plus on avance, moins on comprends, on s'enchaîne, on ne comprends plus, on se perd, on sourit sans comprendre. Aller-retour. Aller-retour. Aller-retour. Perdu dans l'instant, le temps n'a plus d'importance. Le corps est un corps: qui pose sur lui les normes orthodoxes est un fou! Le désir parfois s'en va, parfois revient. Mais c'est toujours ce corps. Par amour, le corps devient un corps, et tout ira bien.

Témoignage: "On m'a pourri ma première année à Sciences po parce que j'ai eu le malheur de tomber amoureuse."

四ツ谷(Yotsuya)
The doors on the left side will open. Please mind the gap.
Témoignage: "Il est une heure du matin. Les yeux pleins de sommeil, je marche pour aller discrètement retrouver l'amour bien au chaud. Mais il fait vraiment froid dehors, et les voitures ne sont pas nombreuses."

Les confessions d'un fou dans un asile ont parlé: "Je me suis posé là, je lui ai tout dis, et puis j'ai attendu la sentence. Quand elle est tombé, fou de joie, j'ai couru à ses lèvres pour l'embrasser, et je n'ai même pas eu l'impression de faire un sacrifice". Le fou a alors commencé à prendre une feuille de papier, a déchiré quelques morceaux pour les manger, ses pensées faisant les mêmes tours avec obsession dans sa tête.

六本木 (Roppongi)
The doors on the left side will open. Please mind the gap.

Témoignage: "Pour la première fois, j'ai écris qui j'étais sur la neige près d'un pont quand soudain je l'ai effacé pour que personne ne me voit. J'avais le coeur tout serré."

Assumer. L'amour est dur à assumer je pense. Il est dur d'assumer et de dire à quelqu'un qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime plus. C'est presque aussi dur je pense. Être dans l'incertitude, ne pas savoir quelle réponse assumer, être perdu mais en même temps avancer. Pourquoi prendre une décision si elle est définitive? Il n'y a rien de rédhibitoire dans les relations humaines. Les hommes sont des êtres contigents, tout change entre nous tous. Mais il faut avancer, sans l'autre. C'est souvent plus dur pour l'un des deux. Mais les chemins sont beaux plus loin, dans les champs où poussent de grosses fleures violettes qui ont l'odeur de moutarde.

Le train passe, le train passe. J'ai le coeur qui se serre et des vertiges. おわりますか. L'un aurait dit: "mais vous vous êtes dits ça par téléphone, ça veut rien dire. Quand l'un sait plus où il en est, il faut avancer et lui laisser du temps." L'autre aurait dit: "Parfois entre les hommes, la parole devient tragique. L'un parle et l'autre entend autre chose. Il faut briser ce qui est tragique et avancer." Avancer, avancer, avancer.

Témoignage: "J'ai arrêté de me mutiler quand j'ai compris que j'avais le droit d'être amoureux."

武蔵境 (Musashi sakai)
The doors on the left side will open. Please mind the gap.

Témoignage: "Mais ils ont le droit de faire ce qu'ils veulent, tant qu'ils n'ont pas d'enfants et qu'ils ne se montrent pas trop en public. C'est qu'ils pourraient faire peur à nos petits, voir même les corrompre".

Ne pas pouvoir aimer librement, c'est ne pas pouvoir aimer tout court.
...Non, la condition des amours alternatives n'avancent pas vraiment! Merci TF1. Merci la France, qui en retard sur beaucoup de pays d'Europe, n'a toujours pas légalisé le mariage homosexuel et l'adoption. Parce qu'il faut se retenir hein? Parce que c'est moins naturel qu'une fécondation in-vitro faite par une femme célibataire qui a recour à un don de sperme? Parce qu'il faut retenir des sentiments pour le bon plaisir d'une foule bien pensante, de la gentille foi judéo-chrétienne? Parce qu'il faut se retenir d'avoir le coeur qui se sert quand on voit une poussette et une famille heureuse? Parce qu'il faut se retenir d'avoir les larmes aux yeux quand on voit un couple s'embrasser sans réfléchir? Parce qu'il faut se retenir d'avoir les boules parce qu'on hésite à prendre un hôtel en vacances? Parce qu'il faut se retenir de souffrir de voir quelque chose de normal et de puissant ranger dans un placard plein de poussière et de honte? Se retenir oui: "retiens toi, tu verras, à 20 ans, ça te passera". Non, ça ne passe pas. L'amour ne passe pas Monsieur, l'Amour ne passe pas Madame. L'amour est là, présent, compressé par une société qui fait semblant d'accepter mais qui a les crocs affûtées. Une société qui n'est pas homogène, qui frappe la différence et qui montre que les taux de sida n'augmentent que chez les homosexuels, sans aucune nuance! L'amour n'est pas libre dans notre société Monsieur! L'amour n'est pas libre, Madame. L'amour reste toujours une luciole que l'on enferme dans une lanterne, pour faire croire que la beauté s'épanouit dans le monde, alors qu'on l'étouffe à petit feu, doucement, doucement.



武蔵小金井(Musashi Koganei)
The doors on the right side will open. Please mind the gap. Please don't jump in front of the train. Please dry your eyes. Please hang on, please.

"Chérie je t'aime, chérie je t'adore"

Petite poupée russe qu'on a laissé enfermé dans la grande, personne ne t'a laissé vivre et t'épanouir. Puisses tu rester dans un petit coin de mon cerveau, pendant que je fais ma vie sans trop regarder comme tu vis aussi. Tes joues sont des poignées de sable que je ne peux saisir, que tu ne peux saisir.  Car l'Amour se prend, s'envole et se perd, revient parfois. Je vois rien, tout est sombre, dit, tout est sombre. Mais comme le train, j'avance toujours vers des destinations, qui pour seule différence, n'ont pas vraiment de noms. Est-ce que c'est toi, dit, qui voit la lumière? しらない、じらない. Peut être qu'on recroisera le chemin, ou pas. Pour l'instant, avançons, en boitant un peu, sortons de la station de train, rentrons dans nos chambres, et dormons. Pour réaliser nos rêves. 

vendredi 24 septembre 2010

演劇が好き

(Petite introduction pas en rapport avec le sujet-tudududu imitant le bruit du métro à Tokyo)

Je viens de redécorer ma chambre. C'est qu'elle était un peu austère la bougre! Cette année, j'ai obtenu une chambre dans un dortoir qui se situe dans un quartier de Tokyo (en fait je sais même si on peut dire que c'est dans Tokyo) qui s'appelle Koganei.



First thing first: c'est un dortoir de l'Université de Sophia. Il y a a peut près plus de Japonais que d'élèves internationaux (enfin d'Américains, il y a vraiment beaucoup beaucoup d'Américains). Deuxième chose: c'est un dortoir de mÂÂÂÂles. Le sexe opposé, fruit défendu, est donc cruellement absent. Couvre feu à minuit, expulsion immédiate si vous amenez Bobone à la maison pour prendre le thé (ou pas) , absences nocturnes qui doivent être signalées sur une fiche à l'entrée: Pas de doute, nous sommes bien au 21ème siècle. En revanche, aller comprendre pourquoi, on a le droit de boire dans les chambres. C'est ignorer deux choses: depuis Hélène de Troie, il n'a jamais été prouvé que les femmes amenaient autant la bagarre qu'une bonne chouille. Deuzio, c'est pas parce qu'il n'y a pas de filles que les garçons deviennent des anges. Bref, vous aurez compris que des petits archaïsmes hantent les couloirs de Koganei. En tout cas, l'ambiance reste bonne. J'aime bien les dortoirs. C'est sympa de manger à heure fixe avec des gens et d'essayer de parler de Kyushu avec un Japonais terrorisé dans un anglais approximatif (enfin pas pour moi, car je lui répondais dans un japonais tout aussi approximatif, héhé).



Comme je le disais donc plus haut, j'ai redécoré ma chambre. Je l'ai mise au couleur de l'Inde, avec deux ou trois tissus et posters que j'avais ramené de là-bas (siiiight). Ensuite, je me suis attaqué à la période nostalgie: photo des amis et des parents, cartes postal de Berlin, Hanoi, Bangkok ou Bruxelles, histoire de rendre cette chambre vivable. Pourquoi je vous dis tout ça. C'est parce qu'au moment où je vous écris, il y a une photo d'une troupe de théâtre et qu'elle me met plein de souvenir dans ma tête.


J'avais envie d'en parler un peu, de cette troupe de théâtre qui n'a pas de nom. Je pense à elle assez régulièrement en fait, comme un bon souvenir qui ne voudra jamais s'éteindre. J'ai toujours fait du théâtre à l'école, depuis la 6ème. J'aime bien le fait de pouvoir vaincre sa timidité. Je suis timide en général, mais pas avec le théâtre: il y a quelque chose de rassurant, un masque réconfortant, et surtout un sentiment de se purger, d'aller au devant de soi. Quand je suis arrivé au Havre, dans la pluie et l'effarante difficulté de la nouveauté, je suis entré dans l'atelier théâtre et là (attention lumières), ben ça allait quand même mieux. Non, en fait, ce qui m'a plu, c'est le fait que des élèves puissent créer seuls quelque chose de bien, puissent faire des cours par eux même. Marion avait commencé, et j'ai su dès la première séance que je voulais le reprendre quand je passerai en deuxième année. Aude et moi avons donc repris l'atelier, avec plein de doutes mais beaucoup de motivation.

C'est un véritable plaisir: écrire un cour, penser un cour, voir un cour se faire sous vos yeux, voir les gens vous faire confiance. Je ne crois définitivement pas aux essences: on ne nait pas metteur en scène ni prof de théâtre mais on le devient. En fait, le plus important est de se construire une autorité, et pour les autres, et pour soi-même. Avec Aude, au début, on a galéré. Servir de prof à nos amis, c'était pas facile. C'était gagner une confiance que nous n'avions pas encore tout à fait nous même. Mais au fur et à mesure, c'est venu. Madame Schwarz est venue consolider notre projet, on a vite trouvé des idées de pièces et nous nous sommes rapidement adaptés pour le minicrit.

Cette année est passée à la vitesse de la lumière. Engueulades, rires, questions, théâtre, théâtre, théâtre. Le théâtre m'a empéché de penser à l'année qui se passait, aux grands changements dans ma vie, à mon champ de bataille émotionnel. Il me mettait dans un stresse constant, mais dans un bon stresse. Le stresse de voir ce qui se passe dans ma tête arriver sur scène. Le stresse de voir que ce qui arrive dans ma tête peut être modifier par les autres. Ce que j'ai aimé dans cette expérience, c'est de voir à quel point les projets artistiques peuvent être démocratiques et ont besoin des autres. Ces deux pièces de théâtre, même si Aude et moi en avons dessiné les contours et proposé les ficelles, ont été brillament interprétées, modifiées par les acteurs. J'ai bien aimé mon rôle dans l'histoire: leur montrer que, comme moi et mon costume de metteur en scène, ils pouvaient revêtir celui d'acteur. Il n'y a pas d'essence figée, il suffit juste parfois d'y croire un peu et les frontières sont minces. Je ne pense pas qu'Amélie croyait pouvoir pleurer devant des centaines de personnes au début de l'année!

Ce qui se passe en coulisse est généralement inoubliable. Avant la BDA night, j'ai connu un stresse qui, et je le pensais vraiment, était sur le point de me tuer. Tout allait dans tous les sens, tout le monde était nerveux. Je n'avais qu'une envie: leur dire de se taire, leur dire de se faire plaisir. Mais est-ce que je prenais du plaisir moi? Je ne sais pas: surement. Je stressais. S'ils savaient que cela faisait trois nuits que je ne dormais plus. Stresser parfois, ça fait du bien. Heureusement qu'on a pris cette photo, qui m'a fait exploser tout le stresse, pour qu'un superbe spectacle se déroule sous les yeux surpris du campus. En coulisse, au Minicrit, j'étais plus serein alors qu'Aude était livide. Chacun son tour: on ne contrôle pas le stresse. Tout le monde courait partout, je me souviens avoir vu Agathe pleurer, Arthur lire son livre d'économie pour ne pas y penser, Axel et Edouard tourner en rond comme des fauves, Amélie un peu verdâtre et muette, Shanna et Guillaume plutot calmes et maitrisés, Youri un peu en vrille, Quentin fidèle à son stoïcisme, Camille s'occupant comme d'habitude, pour ne pas y penser, maquillant tous les mecs en travelos, Emilie et Clarisse, plutôt impassibles: chacun gère le stress comme il peut. "On fait passer l'electricité?" " On fait un calin?" On l'a fait Aude, on l'a fait: une troupe qui rit ensemble, qui se fait passer le courant! Le courant passe. C'est ce qui compte: gagner n'est pas important (parce que de toute façon, on était les meilleurs). Ce qui compte c'est la troupe, c'est le groupe.

"-Non, mais c'est débile de pleurer, j'ai l'impression de me forcer, mais d'un côté ça me touche ces conneries
-Paul, c'est un gala, c'est normal d'être touché parce que tu reçois un cadeau pour autant d'efforts et parce qu'on s'en va
-Non mais j'arrêt pas de me dire que je surjoue la tristesse, toujours cette impression de jouer et de ne pas être sincère, d'être convenu
-Pourquoi tu ne te fais pas confiance comme ça? Pourquoi tu crois pas en ce que tu sens?
-Je sais pas. Pas étonnant alors que je doute de l'amour des autres. Si je me fais pas confiance, comment tu veux que je fasse confiance aux autres, ou te faire confiance?

Impressions éparses. Maintenant, Clarisse et Emilie reprennent l'atelier. Quentin et Shanna sont restés, preuve des bons souvenirs. J'espère que tout se passera bien. Je leur fais confiance, entièrement, parce qu'il y a toujours une évolution vers le haut. Et là c'est génial: cela veut dire que ce qu'elles feront sera encore mieux! Mais il ne faut pas mettre la pression: je vous souhaite de vous exprimer d'abord, de faire ce que vous aimez et que les autres l'aiment aussi. C'est 90% de la satisfaction.Les 10% qui restent, c'est pour la victoire. Enfin bon, j'en doute un peu: parce que c'est quand même bien aussi de rentrer à pied tous ensemble en se disant que de toute façon, ils sont trop nuls, et qu'on aurait du gagner, enfin même, qu'on a gagné dans nos coeur. Voilà.

Je pense à vous.

"Oh roi Faragarafaramus, quand te désoriginaliseras-tu?"

jeudi 23 septembre 2010

Gainjins drunk in the subway

It's hard to tel I just remember the third time I drank this fucking beer the world began to turn around me without any gut to write something meaningful at that moment...I'm talking with my laptop right now half drunk because I can't really stand the fact that I'm losing control losing grip because I know he doesn't like that huh doesn't like that, doesn't like that, doesn't like that, doesn't like that, doesn't like that, doesn't like that

"Buble, buble, bitch, bitch"

Jordan n'aime pas que je dise que les gens boivent parce qu'ils sont malheureux C'est peut être vrai les gens parfois boivent comme ça sans être malheureux sans essayer de combler la naturelle dépression humaine mais en fait j'ai bien l'impression que les gens sont malheureux quand ils boivent, mais c'est parce qu'en fait je fais trop une analogie sur moi même parce que quand je bois c'est pour être bien avec les autres pour ne pas être encore trop décallé pour ne pas me sentir trop mal à l'aise... mais ensuite je suis heureux parce que justement, je peux faire "Kampaiiiiiiiiiiii" pour la sixième fois de la soirée sans me sentir stupide" mais c'est pas forcément logique parce que finalement je me mets à penser à des choses qui me font mal enfin en même temps on aime bien avoir des choses qui nous font mal pour nous sentir vivant enfin bon "Kampaiiiiiiiii" oui j'avoue c'est déjà la septième fois qu'on trinque entre les garçons de musashi koganei et que finalement on aligne plus deux paroles cohérentes

les gens ne parlent plus anglais quand ils sont saouls ils parlent japonais pour se délier la langue ou une autre langue sans construction aucune Je faisais encore griller de la viande de le Yakiniku pendant que mon verre de bière se remplissait comme par magie mais bon quand même être saoul pour la troisième fois de la semaine c'était pas vraiment raisonnable surtout que je n'aime pas être saoul j'aime bien avoir le contrôle et puis je trouve ça un peu illusoire mais je vais me faire engueuler et traiter de rabat joie encore une fois donc je bois parce que c'est une bonne soirée quand même

Puis on va dans le métro et deux jeunes gens plutot discrets et timides en général s'arrêtent à la mauvaise station juste pour se disputer et aller pisser et là je me dis putain! c'est ça le Japon comme s'il fallait être saoul pour comprendre ces gens que l'on embête dans le métro comme pour avoir envie de toucher son dos brûlant comme pour avoir envie de vagabonder dans les rues trop grandes しらない!しらない!
Peut être que c'est comme ça que ça commence l'éclat de lumière peut être que personne ne peut me lire maintenant mais pourtant j'aimerais bien que vous me lisiez ou peut être Jordan Youri Caroline Edouard qui m'ont accueuilli desespéré hier sans une question dans la grande ville japonaise qui m'engloutit sans que j'en sente laisé

"va-t'il se rappeler qu'il doit me conduire là où il a aimé?" Tokyo saoul n'a pas la même valeur comme l'Irlandais qui parle 10 langues dont le français (il est sauvé) enfin il n'était pas très net enfin moi non plus mais bon tout n'est qu'artifice littéraire après tout

en attendant que j'écrive un poème sur ce soleil glacé qui m'éclaire le visage et me laisse perplexe.

FIN (enfin, dodo, maintenant, tout de suite, bonne nuit)

dimanche 19 septembre 2010

"Le Japon, ça tripe"

"Kampai!" Yuko Arai, ancienne professeur de japonais, un énorme verre de bière à la main, entourée de ces anciens élèves, est entrain de trinquer en l'honneur de leurs retrouvailles au Japon. Nous sommes dans un restaurant japonais, à Shinjuku, après avoir traversé de longues allées bordées de gratte-ciels ressemblant à des bonbons lumineux géants. Des sushis et des giozas apparaissent et disparaissent à une cadence infernale. Les verres de bierre se remplissent tout seul par magie...enfin, non c'est plutôt mon impression. Je ne suis pas quelqu'un qui boit beaucoup en général. Du coup, je suis saoul au bout de deux bières et j'entre en communication profonde avec la nature. Pourquoi boire d'ailleurs? Peut être parce que dans ma future vie de président du monde, il serait ridicule de tomber raide devant l'ambassadeur du Japon ou de quelque chose comme ça. Enfin, notre entrevue avec Arai sensei ouvre bien des chemins. On baragouine japonais, sans faire trop attention aux fautes pour une fois. Tout le monde se comprend, et finalement peu importe le sujet: "l'important, c'est que tout le monde s'amuse".

Cela fait maintenant quatre jours que j'ai débarqué dans ce pays de fous. Enfin, je n'ai pas vraiment eu de contact profond avec la population, alors c'est plutôt dur de les traiter de fous. Mais une chose est sûre: "Le Japon, ça tripe" (dixit Youri). Enfin, pour commencer, tu réalises ce qui tripe le plus mal (à sec avec du gravier siouplait!). Les prix pour commencer: qu'il est agréable de payer huit euros par jour pour aller et partir de chez soi! L'argent coule vite, et bien trop vite. Tokyo est la ville la plus chère du monde. Même si manger n'est pas si onéreux, il devient vite cauchemardesque d'habiter loin du centre. Dans les transports en commun, surdéveloppés proportionnellement  à la dimension de la ville, on peut y voir des âmes dormir, épuisées par des trajets bien trop longs, ou encore livides, éclairés par la faible lueur des téléphones portables qui sont omniprésents dans tout le wagon. Je pense que je peux devenir japonais. Le métro est tellement calme que j'ai trouvé la confiance de m'endormir dedans. Devenir une petite fourmie travailleuse du voyage. Oui, "le Japon, ça tripe", dans le sens: "ça voyage". Bouger et bouger: les grandes rues de Tokyo ne m'ont pas encore séduites mais j'ai bien repéré les quelques ficelles de la vie étudiante tokyoite, de la vie tokyoite. De mes quelques ballades, j'ai été souvent surpris. Les Japonais, que l'on se représente coincés et sérieux avec le mot "honneur" dans le fond de la gorge, sont loin de corroborer le cliché. Les photos que je mettrai un peu plus tard seront là pour vous donner un aperçu.

La troisième année, "ça tripe"! C'est à la fois changer et développer ce que l'on est. Une continuité dans un décors différent, pour avoir la force de penser un autre chemin.

Arai Sensei est une très belle femme. Une japonaise dans le type "kawai", mais aussi dans le type "sympa et ouvert". "Intelligenteし, droleし, jolie femmeし," .Pourquoi ne trouve-t'elle pas un mari?! どおおおおして! Edouard et Jordan ont passé la soirée à essayer de la caser avec la clientèle du restaurant. Parfois, il est difficile de cerner les japonaises. Leur manière de s'exclamer, d'approuver ou de ne pas être d'accord rentrent en conflit avec nos habitudes. Soûlé par les deux bières, je demandais des conseils à Arai Sensei pour survivre dans ce milieux hostile qu'est Tokyo: on sent alors la proximité, on sent quand même qu'elle sera là pour nous aider en cas de besoin. C'était une bonne soirée, une de plus. Et nous avons une nouvelle alliée à Tokyo.

Arai sensei est lumineuse, éclaboussante, japonaise. Comme dirait Philippe Djian, elle me fait penser à "une fleure étrange munie d'antennes translucides et d'un coeur en skaï mauve". Cette citation, en plus d'être une belle phrase, continue ainsi "je connaissais pas beaucoup de filles qui pouvait porter une telle minijupe avec autant d'insouciance". C'est un peu l'image que donnent les femmes japonaises en ce moment. L'été est encore là, les jambes blanches sont au soleil, appareillées de minijupes et de minishorts à faire pâlir un Saint. Moi je dirais: parfois les japonaises, c'est pas seulement かわい, mais c'est aussiラ-ラ (ras-la). Il y a aussi un mythe autour de l'apparence des femmes japonaises et celui ci n'est pas faux. Les codes vestimentaires n'étant pas les mêmes, les femmes ne portent pas les vêtements occidentaux de la même façon. Et elles passent et repassent, sans fin, comme des petites fourmies insouciantes et provoquantes: un pays coincé? Ooh non, "Le Japon, ça tripe!"

"Kampai!" Au bout du quatrième "kampai", Masuda san tombe à la renverse dans un rire des plus distingués, avec quatre grammes dans le sang. Pendant ce temps, je tangue encore une fois, encore une bonne soirée (qui se finit un peu mal). Pendant ce temps, on rit, on essaie de parler japonais, on nous associe à des figures mythologiques (encore une fois, on m'a dit que je ressemblais à Harry Potter), on nous vole de l'argent dans notre portefeuille, on nous prend en photo avec des signes de victoires." ビ-ル、ビ-ル、ビ-ル!" Encore une soirée étrange, comme celle avec le luxe d'être sur un toit à Tokyo, de parler de Sciences po, de cul, de nos vies, des débuts difficiles, encore de cul (oui parce qu'après tout on a 20 ans!), des gossips... Des soirées puis des journées dans des parcs. "Le Japon, ça tripe mec, ça tripe!"

"Gros sexe le Japon". Oui, le Japon a-t'il un manche de bucheron? Je ne sais pas. Ce que je sais c'est qu'il est toujours difficile d'arriver quelque part, de se construire de nouveau. Quand je bois, ou quand il y a des gens, je suis silencieux. Peut être qu'ils ne me trouvent pas drôle ou timide: chacun sa manière d'apprécier les effets des deux bières, en regardant les visages s'activer et rire. Il faut s'adapter, c'est toujours le plus dur, se faire violence, aller vers les autres. Mon dortoir me donne envie de le faire: un couvre feu dans un dortoir rempli de mâles étudiants. Nomikai demo shiranai! J'ai encore un peu de mal, mais je trouve petit à petit les traces dans lesquelles il faut marcher. Mais ça avance, ça avance. Il faut bien!

Tokyo. Marcher droit, comme si de rien n'était. Alors je l'ai retenu en passant légèrement ma main dans le dos de manière suffisamment pesante pour lui faire comprendre que j'étais là. Tokyo. Discrètement je lui passe l'Inde dans sa main. Qu'est-ce que Bharat par rapport à Tokyo. Tout et rien , "Homme des mers". Tokyo et ses yeux brillants, indécis mais pas insensibles. Voler un baiser à Tokyo? Quel challenge! En a-t'elle envie? Bien sur! Enfin, peut être. Hésitante Tokyo, qui ne se laisse pas embrasser comme ça. Elle a un prix? Peut-être! Le vaut-elle? Sûrement! Enfin, nous sommes tous égaux face au ciel. Même Tokyo. Sous le grand ciel sans étoile et tout le temps éclairé par ce grand champion de l'écologie. Un ciel plein de possible, tout de même limité par le prix des billets de train, où on peut tout prendre par les bras pour les amener en voyage! Oui, Youri, tu as raison: le Japon, ça tripe!

vendredi 17 septembre 2010

Dans la cité perdue (2)

"Dans la cité perdue, je me suis retrouvé
Dans une salle sombre, sans autre présence
Que le grand homme blond, silencieux, éveillé
Tournant sans bien comprendre d'où provient sa souffrance."


En fait, j'avais toujours pensé être seul dans le noir. Qu'il n'y avait personne d'autre que moi, qu'on m'y avait laissé, seul et sans aucun espoir. Qu'il n'y avait pas la couleur que j'étais le seul à penser voir.

Nous ne sommes jamais seul dans le noir. Dans la cité perdue, les âmes égarées subsistent au changement.

J'étais assis, sonné, dans l'obscurité, en face du jeune homme blond qui se frottait la tête. La collision nous avait rendu sourds, nous avait désorientés. Comme s'il fallait ensemble retrouver le sens de l'orientation, creuser de nouveau un chemin, repartir au bout de la nuit. Le jeune homme blond, l'homme des mers, avait l'air sérieusement amoché, l'oeil tremblant, silencieux...

Mais il avait toujours ce sourire.